QUÉBEC La fébrilité électorale gagne les péquistes

QUÉBEC

La fébrilité électorale gagne les péquistes

1 février 2014 | Robert Dutrisac | Québec
Pauline Marois
Photo : Jacques Nadeau – Le DevoirPauline Marois
Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

Une certaine fébrilité règne au sein des troupes péquistes. Pauline Marois doit-elle déclencher les élections à court terme, à la fin de février, ou doit-elle laisser courir pour se rendre jusqu’en avril, comme la première ministre l’a laissé entendre ? La question est sur toutes les lèvres dans les officines.

 

Il faut chercher longtemps pour trouver un apparatchik péquiste qui n’a pas envie d’en découdre immédiatement avec les partis d’opposition, en dehors de l’entourage immédiat de la chef péquiste qui demeure muet comme une carpe. En fait, Le Devoirn’en a trouvé aucun.

 

« L’occasion est là. Pourquoi ne pas la saisir ? », fait-on valoir. Tout repose sur la tendance, le « momentum », selon l’expression courante, et la tendance depuis l’automne, que confirment différents sondages, est favorable au Parti québécois, et surtout à Pauline Marois. L’électorat est de plus en plus satisfait de son travail : une nette majorité de francophones s’en déclarent satisfaits. « La marmite des Fêtes nous a favorisés », ajoute-t-on.

 

Plusieurs autres raisons militent en faveur d’une élection hâtive. La première, c’est la faiblesse du leadership de Philippe Couillard, dont l’apprentissage en tant que chef du Parti libéral du Québec s’avère pour le moins laborieux. Surtout, nombre de ses députés ne sont pas convaincus de la qualité de ses réflexes politiques qu’une campagne électorale ne manquera pas d’éprouver. On sent une certaine nervosité dans les rangs libéraux, à commencer dans la circonscription que Philippe Couillard a choisie de représenter aux prochaines élections. Dans Roberval, des militants libéraux admettent que la partie n’est pas gagnée.

 

« Couillard est tellement mauvais qu’il ne peut que s’améliorer », prévient un conseiller péquiste.

 

À la Coalition avenir Québec, l’indifférence que l’électorat leur réserve à l’heure actuelle ne peut qu’affecter le moral des troupes. Cette semaine, c’est Brigitte Legault, le pilier de l’organisation électorale du parti, qui a décidé de quitter le navire afin de se porter candidate pour le Parti libéral du Canada, d’où elle provient. Et si Jean-François Del Torchio, l’attaché de presse de François Legault, ne l’imite pas alors qu’il vient lui aussi des rangs libéraux fédéraux, c’est que son ex-conjointe est directrice des communications de Justin Trudeau.

 

François Legault, dont la patience n’est pas la vertu cardinale, souhaite jouer son va-tout. Comme il déteste son rôle de chef de la deuxième opposition, le plus tôt sera le mieux. Quant à ses députés, du moins ceux qui se représenteront, ils font preuve d’un stoïcisme qui les honore aux portes de l’abattoir qui se dessine devant eux. Permettre au gouvernement Marois de durer en votant pour le prochain budget n’est pas une option pour eux, convaincus qu’ils sont qu’ils perdraient ce faisant toute crédibilité auprès de leur électorat anti-péquiste.

 

Une autre raison de déclencher des élections rapidement, c’est qu’un gouvernement est toujours plus populaire quand l’Assemblée nationale ne siège pas. Veut, veut pas, les attaques quotidiennes de l’opposition lors de la période de questions usent un gouvernement. Moins longtemps on s’y expose, mieux c’est.

 

Quant à la consultation en commission parlementaire sur la charte des valeurs, elle a donné ses fruits : les péquistes voulaient que les libéraux aient l’air fous et, à leurs yeux, le résultat a dépassé leurs espérances. Faire durer le plaisir ne leur apportera aucun avantage, d’autant que Bernard Drainville s’expose au risque d’entendre des témoignages suintant l’ignorance et la xénophobie, comme ceux de la famille Pineault-Caron qui a dénoncé devant les parlementaires la menace représentée par les« cagoules » et les « déguisements » musulmans.

 

Mais il y a l’autre côté de la médaille. Au vu des sondages, Pauline Marois n’est pas assurée qu’elle formerait, hors de tout doute, un gouvernement majoritaire. Chez les libéraux, on évoque la prime à l’urne et les sondages, surtout les sondages Internet, qui, selon eux, sous-estiment le vote libéral.

 

Plus important encore, Pauline Marois souhaite déclencher des élections avec une raison qui n’est pas factice : un blocage réel de la part des partis d’opposition qui confinerait le gouvernement à l’impuissance. Une assurance qu’ils voteraient contre le budget, par exemple.

 

Qui plus est, si le PQ se présentait devant l’électorat sans avoir déposé de budget, il prêterait flanc aux critiques de ses adversaires : ceux-ci ne manqueraient pas de l’accuser de vouloir cacher une situation pire que celle dont faisait état la mise à jour économique et financière de décembre dernier.

 

Mentionnons toutefois que le budget fédéral sera déposé le 11 février prochain, le jour de l’ouverture de la session à Québec, et que le ministre de l’Économie et des Finances, Nicolas Marceau, aura achevé alors ses consultations prébudgétaires, a confirmé son cabinet. En théorie, les bonzes des Finances pourraient préparer un budget pour la fin de février. Mais ce n’est pas, encore une fois, ce que Pauline Marois a dit envisager.

 

Puis, un gouvernement, en exerçant ses prérogatives, a le loisir de préparer le terrain en vue d’élections. Pauline Marois cherche déjà à renforcer son discours économique par des annonces concrètes qui pourraient s’accumuler tout au long du printemps pour finir dans une forme d’apothéose par le déclenchement des élections.

 

En ce sens, la chef péquiste semble déjà avoir trouvé les lignes de force de son message électoral, du moins en matière d’économie et de finances publiques. Dans un discours jeudi devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), elle déclarait : « Rien ne justifie les discours négatifs. […] J’ai choisi l’audace et la détermination. » Puis : « Autrement dit, nous avions le choix entre l’austérité et la prospérité. Le choix que nous avons fait, c’est la croissance, le développement et la création d’emplois. » Tant les libéraux que les caquistes, qui réclament l’atteinte du déficit zéro dès l’an prochain, ont choisi l’austérité.

 

Pauline Marois a choisi en octobre de ne pas déclencher d’élections en 2013. La suite des choses lui a donné raison. Quel que soit son choix cette fois-ci — et seule sa garde rapprochée est mêlée à la réflexion —, personne dans les rangs péquistes ne mettra en doute son jugement. Et puis, pour les péquistes, la fébrilité qu’ils ressentent n’a rien de désagréable.

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/398789/la-febrilite-electorale-gagne-les-pequistes

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